COMPTE RENDU ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE CONSEIL DE QUARTIER ‘HÔPITAL ST LOUIS - FBG DU TEMPLE’
MARDI 10 JANVIER 2012 - 19h-21h30 à l'École St Maur
Sujet : « La réhabilitation du Quartier Ste Marthe : enjeux et perspective »
Invités :
- Alain Lhostis (Conseiller de Paris et Conseiller d’Arrondissement Communiste)
- Paul Simondon (Adjoint au Maire chargé de l’Habitat et du Logement)
- Sylviane Léger (directrice générale de la SIEMP)
- Urbanis- René Bresson, urbaniste (cabinet privé en charge de la réhabilitation choisi par un appel d’offre - cabinet urbaniste qui a fait l’étude préalable pour faire le diagnostic du quartier et le suivi et accompagnement de l’OPAH / des opérations)
- EDL (Djamila Bechoua et Romain RBibo)
+ 2 témoignages « internes » à Ste Marthe :
- Farida Taher : journaliste à France Culture, habitante, en duo avec Claude Calvarin d'HV10 (histoires et vies), qui vient de publier le bulletin d'HV10 hors série n° 3 (2011) : " La naissance d'une cité ouvrière sous le Second Empire, le territoire du comte de Madre "
- La Rôtisserie : restaurant associatif de la rue Ste Marthe- Emilie et Neil
Nous estimons qu’une centaine d’habitants étaient présents dans la salle.
Compte rendu de la Plénière
Ce document est un compte rendu quasi exhaustif des propos tenus lors de cette plénière, qui suit le déroulé des échanges. Les propos sont rapportés fidèlement et les citations dans le texte des intervenants sont indiqués entre guillemets.
1/ Introduction de la réunion par le Conseil de Quartier
· Ouverture / rappel de ce qu’est un Conseil de Quartier par Nicolas Beauvisage. : les CQ ont été institués par une loi de Février 2002 pour les villes de plus de 80 000 habitants. On compte 122 CQ à Paris, et 6 dans le 10ème. Le Conseil de Quartier « Hôpital Saint Louis - Fbg du Temple » est un carré (cf carte présentée dans un doc ppt), environ 11000€ lui sont attribués chaque année. Le but du conseil de quartier est d’être acteur de notre quartier. Il conclut par quelques exemples d’opérations permises par le Conseil de Quartier (avec quelques photos à l’appui dans le doc ppt) : l’opération des 3 murs, les violons de l’école St Maur avec le Conservatoire, les roulants de l’école Parmentier, la mise en route d’une réflexion sur la dangerosité du carrefour avenue Parmentier / rue Alibert
· Introduction du sujet et des intervenantspar Camille Arnodin.
o Un sujet né de la volonté du conseil de quartier :
- D’aborder et discuter de l’évolution du quartier en général, donc du présent et du futur (sans renier le passé qui permet de comprendre la configuration du quartier et des logements). Dans ce contexte, le quartier Ste Marthe nous a semblé un bon point de départ pour réfléchir sur les changements clés qui ont lieu en ce moment, et sur les conséquences de la réhabilitation.
- De mettre l’accent sur le fait que beaucoup d’habitants et d’usagers de l’espace public apprécient dans ce quartier l’idée de mixité, de « mélangeur » (selon l’expression de David Mangin - architecte en charge de la reconstruction des (jardin des ?) Halles- pour définir l’espace public) et s’interrogent sur le maintien de cet équilibre, de cette diversité.
o Présentation ensuite des intervenants et du déroulé. Notamment la première intervention par Paul Simondon visant à présenter l’OPAH démarrée en 2004, et introduire l’intervention de René Bresson, d’Urbanis.
2/ Intervention Paul Simondon - Adjoint au Maire chargé de l’Habitat et du Logement
Rappel historique rapide et résumé de l’histoire de l’opération :
· La première OPAH (opération programmée d’amélioration de l’habitat) a eu lieu fin des années 90 (le maire d’arrondissement Tony Dreyfus / maire de Paris : Jean Tiberi). Il s’ensuit rapidement un débat dans l’assemblée sur les dates et les responsables du lancement de l’opération : « il n’était pas question de réhabiliter mais de démolir le quartier ! et c’est l’association St Louis Ste Marthe qui s’est mobilisée »
· Mr Simondon reprend sa présentation en rappelant qu’en 2001, avec l’arrivée de Bertrand Delanoé, un grand débat sur l’insalubrité à Paris démarre, un audit est lancé sur le nombre d’immeubles insalubres, puis une grande opération est mise en place avec la SIEMP pour traiter de ce problème. 1030 immeubles sont classés insalubres. La majorité des immeubles du quartier Ste Marthe en faisaient partie.
· L’équipe municipale du 10ème de l’époque (Tony Dreyfus), suite à la mobilisation des habitants a décidé de ne pas choisir la solution « démolition complète » + reconstruction (une des options possibles, comme ce qui a été fait sur le Buisson St Louis, La Grange Aux Belles), mais plutôt la réhabilitation, qui conserve l’identité du quartier (hauteur des immeubles…), même s’il s’agissait d’une solution plus chère pour la collectivité et plus complexe à mettre en place. Cependant, 7 immeubles trop dégradés sont confiés à la SIEMP, société d’économie mixte, pour être démolis. Une partie des immeubles est à ce jour déjà reconstruite.
· Ce sont donc les42 autres immeubles qui sont concernés par cette seconde OPAH de grande ampleur. Une étude préalable est alors confiée à Urbanis, qui examine chaque immeuble pour voir les travaux à réaliser pour le réhabiliter et aider la copropriété à réaliser les travaux avec « des subventions publiques importantes ! ». En parallèle, est mis en place un plan de sauvegarde avec la Préfecture pour gérer les problèmes de réseaux de l’eau / confortement des sous sols (injections bétons pour solidifier le sous sol) / et les problèmes juridiques sophistiqués car les immeubles n’avaient pas d’existence légale (uniquement des grosses copropriétés de plusieurs immeubles, d’où la décision de nommer un administrateur pour régler ces difficultés et faire des copropriétés par immeuble).
· Mr Simondon conclut sa présentation en soulignant que cette opération est « un très grand succès »: « le quartier est sorti de l’insalubrité », les immeubles de la SIEMP sont bientôt terminés.
3/ Intervention de René Bresson, chef de projet sur l’animation de l’opération Ste Marthe chez Urbanis
Nature de leur mission et état des lieux de l’opération
· Il commence par souligner le « caractère exceptionnel et réussi de l’opération » : sur les 42 immeubles, tous les syndicats d’immeuble sont parvenus à se mettre d’accord pour voter un programme de travaux et obtenir les subventions pour les réaliser.
· Puis il présente un document montrant l’état des lieux des avancées des travaux fin 2011 : une grosse moitié d’immeubles où il ne reste que des détails à finaliser, un certain nombre en finition (ravalement), 6 ou 7 encore en gros travaux (délais dus à des difficultés diverses : des problèmes pour se mettre d’accord et un travail pas toujours évident avec les architectes, la découverte de mauvaises surprises entraînant des travaux plus lourds que prévus sur du bâti très ancien).
o Il fait un rappel historique sur les immeubles du bas du quartier, plus anciens, construits à l’époque du conte de Madre (époque Haussmann) par des professionnels pas forcément compétents, bâtis avec des matériaux de récupération, souvent sans fondation vs dans le nord du quartier (bâtiments mieux fondés, des caves, et une qualité de construction plus aboutie).
· Suit une série de remarques sur le profil des habitants / des habitations soulignant le fait que ce quartier structurellement incite à « la mixité de population en terme de revenus », du fait de « la taille réduite des logements »: cf l’enquête sociale réalisée par Urbanis à la demande de la mairie de Paris auprès des 2/3 des habitants mettant en évidence que les 2/3 des personnes interrogées habitaient là depuis moins de 2 ans. Résultat qui met en évidence « une typologie de logement particulière : il s’agit pour beaucoup d’habitants d’une étape particulière dans un parcours résidentiel ». Autre fait important, « une majorité de petites surfaces (56% des logements font moins de 25m2) » qui du coup « n’attireront pas des gens dotés de moyens très importants ». Il conclut donc que, par rapport à la préoccupation de voir le quartier conserver sa mixité, « il ne faut pas s’inquiéter outre mesure au vu du caractère transitoire de ses logements »…qui sont pour les 2/3 des logements locatifs. Il souligne encore une fois le fait que Ste Marthe est « un quartier de mouvement, de transition, qui joue son rôle de quartier d’étape ».
· Sont abordés pour finir les aspects financiers de l’OPAH : « on a dépensé beaucoup d’argent, je dis on car la puissance publique a en gros dépensé 2 x plus d’argent que les propriétaires ». Sur les parties communes des immeubles, on compte 18,5millions d’euros de travaux votés (pas travaux d’infrastructure), la majeure partie subventionnée (11,8 millions) par la Ville de Paris, l’ANAH, la région île de France, Caisses de retraites…
o Les interventions sur les parties privatives sont plus limitées: des subventions moins importantes que sur les parties communes, en fonction des niveaux de revenus et des loyers pratiqués par les bailleurs: pas de subventions pour les bailleurs privés qui pratiquent des prix locatifs importants (25/30euros le m2 par mois) vs ceux qui ont accepté de plafonner les prix locatifs éligibles à des subventions.
o Plus 4 millions d’euros (débloqués de façon exceptionnelle par une décision du Conseil de Paris / ANA / région Ile de France + l’apport du Conseil des dépôts) pour réaliser des travaux de renforcement du sol (injections de bétons), jugés nécessaires suite aux fissures découvertes lors des travaux et à la campagne de sondage ayant montré la dissolution de poches de gypse (risques d’affaissement important).
· Total des investissements sur le quartier : 16,5 millions d’euros de subventions pour la sauvegarde du quartier. [Applaudissements]
Introduction de l’intervention de Sylviane Léger par Nicolas Beauvisage du Conseil de Quartier
· Rappel sur ce qu’est la SIEMP et autres bailleurs sociaux qui gèrent les HLM de Paris (construction et gestion). A Paris : gestion par Paris Habitat : 120m logements, l’Immobilière 3F :15m logements, la SIEMP : 5m logements.
4/ Intervention de Sylviane Léger, directrice de la SIEMP (Société Immobilière d'Économie mixte de la Ville de Paris)
Présentation de la réhabilitation du point de vue du constructeur / bailleur social
· Elle rappelle que la Ville de Paris est actionnaire majoritaire (54%) de la SIEMP, qui dispose d’un parc de 10m logements au total.
· En 2001, lors de l’audit sur l’insalubrité à Paris, une petite moitié des immeubles jugés insalubres (434) sont confiés à la SIEMP, 2/3 font l’objet d’une appropriation publique car il est « impossible de mener à bien une réhabilitation par les propriétaires privés ».
· Elle évoque alors les objectifs de la SIEMP qui sont: « d’éradiquer l’insalubrité » / « de reloger les gens qui étaient dans ces immeubles insalubres (dans Paris et à proximité ci possible) » / « la mise en œuvre (destruction / reconstruction ou réhabilitation) ».
· Puis présente un document sur les actions menées par la SIEMP sur le secteur Ste Marthe (9 immeubles concernés)
o les adresses avec intervention en pleine propriété, avec acquisition des parcelles par la SIEMP (5 immeubles construits par la SIEMP): 1/3, 4/6 et 12/19 rue Jean Moinon, 216 rue St Maur. Confirmant ainsi le fait que les immeubles qui présentaient les fragilités structurelles les plus grandes étaient dans le bas du quartier.
o les adresses où la SIEMP intervient en copropriété: 218 rue St Maur (dont 2 locaux commerciaux), 8 rue Moinon et 3 rue Ste Marthe
· Elle évoque ensuite le profil des HLM: 41 logements sociaux sur les 5 immeubles concernés. En terme de mixité sociale : 20 logements PLUS (catégorie standard/médiane) + 21 PLAI : logements d’insertion pour les ménages à plus faibles revenus (supérieur à la moyenne). Rappel : il existe 3 catégories (PLUS / PLAI / PLS) mais il s’agit « des mêmes types de logements, ce sont juste les loyers qui changent ».
· En terme de coûts (hors coûts d’injection) pour ces 41 logements : 12,2 millions d’euros dont 45% d’apport par la Ville de Paris, 31% d’emprunts par la SIEMP, 24% autres subventions (Etat/1%...).
· Elle conclut par la présentation de l’état des lieux des travaux sur photos. [Intervention du public sur l’apparence des immeubles par rapport aux photos architecturales exposées. « tout ce que fait la SIEMP, c’est du basique »]Réponse de Mme Léger : « il n’y a pas de moulures sur toutes les fenêtres », mais « la volonté de respecter l’allure du quartier » ainsi que l’obligation de respecter les lois ayant trait au plan climat. « On fait du beau et du neuf, on espère, en respectant le quartier ! » [Applaudissements]
5/ 1er témoignage interne: Farida Taher en duo avec Claude Calvarind’Histoires et Vies10ème
Mise en perspective historique sur les origines et l’identité du quartier (Cité ouvrière fondée par le comte de Madre) par Claude Calvarin.
· En 1852 et pendant 16ans, le comte de Madre va acheter environ 35m m2 dans le quartier Buisson St Louis / Ste Marthe / Sambre et Meuse. Son projet : favoriser le logement bon marché pour des ouvriers aisés, capables de payer leur loyer, une élite ouvrière méritante. Favoriser l’aisance était vu comme un antidote à la subversion.
· Madre va louer ses terrains à des petits entrepreneurs, des migrants (artisans, fondeurs, marchands de vin…) qui ont réussi puisqu’ils construisent des maisons pour y vivre, travailler et les louer (obligation de les rentabiliser vu que le comte de Madre les récupère au bout de 18 ans car il s’agit de baux emphytéotiques). Beaucoup sont des constructions précaires, ce qui est fréquent à l’époque.
· Elle présente sur un document les 27 maisons construites par Madre : maisons à 3 ou 4 étages, avec 4 logements par étage de 2p, avec ou sans cuisine. L’accès à l’eau est au rez de chaussée, et des privés tous les 1 ou 2 étages. Les locataires sont des gens qui travaillent et des migrants de toutes les régions de France.
· La Cité présente un ensemble cohérent : des passages étroits bordés d’immeubles modestes, avec une place discrète vs cité Napoléon jugé comme trop luxueuse. Mot d’ordre de l’époque : pas de beau pour les pauvres !
· Madre est un des rares promoteurs à avoir construit des logements ouvriers et avoir gagné de l’argent : « être humain sans toucher à son nécessaire », tel était un ressort de son action. Volonté de moraliser par l’habitat une population ouvrière considérée comme mineure. D’où la cité baptisée à l’exposition universelle comme « la colonie de la rue St Maur ». [Applaudissements]
La réhabilitation vécue par une habitante, ses voisins…
· Farida Taher est propriétaire d’un appartement de 37m2 acheté il y a 10 ans rue de Sambre et Meuse, payé 110m euros tout compris une fois les travaux terminés, et avec la possibilité de le revendre 280/300m euros. «Si j’ai pu acheter à cette époque en tant que femme, seule avec mes revenus (aujourd’hui de 2200euros), c’est parce que les prix étaient ceux là, mais je crois qu’aujourd’hui, je ne pourrais plus acheter, en tout cas pas dans ce quartier »
· Elle présente ensuite sont point de vue sur la réhabilitation en tant qu’habitante et évoque une attitude ambivalente face à cette action: « on est ravi de cette aide et de la réhabilitation », mais des critiques néanmoins :
o Le décalage entre ce qui a été annoncé : « 70% des travaux seraient pris en charge pour la réhabilitation », et la réalité finale. Ils ont payé finalement « 50% des travaux et non pas 30% comme prévu » (pour son cas individuel : les travaux auront coûté 15m euros / elle a versé donc 7,5m euros). Une augmentation due à divers travaux supplémentaires qui ont fait monter pour l’immeuble au global les coûts à 400m euros au lieu des 300m euros prévus initialement, et que ceux qui gagnaient le mieux leur vie ont pu payer, mais pas le cas pour tout le monde ! « Pour les 70% des locataires / propriétaires qui ont en effet des revenus modestes voire très modestes, le paiement a été compliqué, voire impossible ».
o Le fait de se sentir « dépossédés » lors de la réhabilitation. Des relations compliquées avec les architectes. Certaines choses ont été mal faites : « pourquoi des matériaux moches, de travers vs d’autres immeubles plus chics et réhabilités avec plus de soin »… Elle déclare que les habitants se sont battus pour que les matériaux commandés soient bien ceux qui soient posés…Une impression du coup désagréable d’avoir du « vite fait / mal fait ».
· Elle conclut enfin par une réflexion concernant la possibilité de vivre dans un quartier décent, agréable quand on est parmi les modestes, les pauvres… Une réaction suscitée notamment par une remarque qui lui a été faite sur la normalité des prix qui montent / l’embourgeoisement suite à la réhabilitation du quartier: « à partir du moment où ça n’est plus insalubre, c’est joli, quoi ? les gens modestes s’en vont ? Toute cette diversité, cette mixité va disparaître ? Je n’ai pas envie de ça….Si je suis venue dans ce quartier, c’est pour toutes ses nuances, ses couleurs, ses différences… Quand je suis arrivée il y a 10 ans, les immeubles ne se ressemblaient pas, il y avait pleins de circulation dans tous les sens. Je suis heureuse des travaux de fond, mais sur la forme on peut encore discuter. »
Première séance de questions / réponses avec la salle
Rappel des principes de discussion par Nicolas Beauvisage du Conseil de Quartier
· Une première intervention par Candida Rodriguez de l’association St Louis/ St Marthe, dans le quartier depuis 1986, qui tient à remercier les associations qui se sont battues pour que cette OPAH existe, et « déplore l’organisation de cette plénière sans tenir compte des associations qui ont aidé à faire en sorte que cette OPAH voit le jour ». Elle rappelle d’autre part que l’exposition réalisée par l’association St Louis Ste Marthe sur l’histoire du quartier de 1850 à nos jours a tourné dans le quartier mais qu’il serait bien qu’elle tourne à nouveau.
o Elle souligne que le quartier a toujours été un quartier ouvrier de logements sociaux. « Les gens qui habitaient là ont vécu dans des immeubles insalubres, pourris, risqués (incendie, gaz qui pouvait sauter…) et on l’a vécu dans la douleur ».
o Elle confirme l’impression d’avoir été peu entendue lors des travaux : « on nous a pris de haut » lors de la réhabilitation, on a été considéré comme « un quartier ghetto », et « l’argent public alloué n’est qu’un juste retour par rapport à tout ce qu’on a enduré pendant des années ».
o Sa dernière question porte sur la SIN (société immobilière de Normandie propriétaire de nombreux logements). : « Où en est-on de la SIN ? ».
o Réponse sur la SIN faite par Mme Léger de la SIEMP : « la SIN a toujours le souhait de vendre et cherche des acquéreurs pour ce patrimoine qui leur appartient depuis des décennies, et le vend à contrecœur car aucun repreneur dans sa famille. ».
o Sur les négociations avec la Ville de Paris, intervention de Paul Simondon : « La SIN possède une centaine de lots sur ce quartier. Certains ont été déjà vendus. Un patrimoine compliqué à gérer car sur de nombreuses copropriétés privées. La Mairie de Paris a entamé des négociations pour se porter acquéreur de logements / lots commerciaux, mais pas d’accord trouvé sur le prix de vente ». Et vu le contexte budgétaire actuel, « cela ne pourra pas se faire à n’importe quel prix ».
· Mr Simondon intervient ensuite sur l’évolution du quartier et la partie vente : « on est soucieux de savoir ce que devient le quartier », combien les gens vendent d’appartements, à quel prix. Donc décision de faire récemment « un dispositif renforcé des ventes », la Ville a mis en place sur le quartier « un droit de préemption renforcé sur les ventes pour surveiller ce qui se passe appartement par appartement, éviter les éventuelles dérives (actions de spéculations massives…), et entamer une action pour préempter ».
· Une autre question par une habitante concerne la forme et la taille des appartements : « je suis maman d’enfants qui vont dans cette école, y aura-t-il des logements où les familles pourront s’installer ? ».
o Réponse par Mme Léger : « oui, il y aura des appartements de taille variée (…).On aspire une variété, et on vise toujours 35% de grands logements (4p et plus) »
· Autre question à Mme Léger : « y aura-t-il possibilité pour les gens qui ont du partir du quartier à cause des travaux de démolition de revenir ? »
o Réponse de Mme Léger : « C’est rare car les familles sont relogées dans Paris et ont repris racine ailleurs »
· Intervention d’Anne Charlotte Berger, de l’association les 4 Horizons en réaction avec la réponse de Mme Léger, mettant en lumière l’envie de certaines familles de revenir dans le quartier suite au déplacement lié à l’OPAH : « Certaines familles ont en effet pris racine, mais d’autres souhaitent revenir, et ça serait bien de respecter les personnes qui ont demandé un droit au retour. Certaines personnes habitaient là depuis 30 ans et ont fait beaucoup pour le quartier. Je ne pense pas que ça soit un quartier de passage comme le dit Mr Bresson. Beaucoup de personnes retraitées et âgées habitent là depuis longtemps. C’est aussi un quartier où les gens finissent leur vie. ». Puis elle témoigne sur son vécu de l’OPAH : « on a beaucoup souffert dans notre immeuble qui a failli être rasé, le 13 rue Ste Marthe, ça a duré 6 ans, ça nous a coûté la peau des fesses, on est tous endetté, ça a été difficile, mais c’est bien que ça a été fait »
· Question d’une autre habitante : elle s’interroge sur les raisons qui ont fait que « l’immeuble à l’angle de la rue Ste Marthe et de la rue du Chalet n’ait pas été inclus dans le programme ? » Donc « les gens vont avoir des ravalements à tarifs complets ». Réponse de René Bresson d’Urbanis : l’immeuble n’était pas dans le périmètre de l’étude fixé par les services de la Ville de Paris (4 grandes copropriétés ont été prises en compte).
· Suit une question de Nicolas Beauvisage à Mme Léger sur la politique de gestion des pieds d’immeubles. Sa réponse insiste sur le fait qu’ »on ne peut détourner des financements dédiés aux logements vers des financements de locaux commerciaux ». Il est obligatoire de faire des baux commerciaux, au prix du marché. Pour faciliter également parfois l’implantation d’une association utile au quartier. Les candidatures pour les pieds d’immeuble sont toujours soumises au Maire d’Arrondissement. « La Rôtisserie est en contact avec la SIEMP ».
· Un habitant intervient ensuite sur l’influence chinoise au niveau des commerces dans cette zone: « on sent une progression du commerce chinois » et demande si cela est surveillé « pour maintenir un bon équilibre social du quartier ». Pas mal de réactions des habitants dans ce sens.
o Paul Simondon répond que ce n’est « pas à nous de choisir les commerçants repreneurs ». Ils souhaitent des commerces viables pour pouvoir faire « tenir le plan de financement de la SIEMP ». Il ajoute qu’il ne peut y avoir de contrôle sur l’origine des gens qui tiennent les commerces, car c’est « illégal », mais qu’ils peuvent procéder uniquement à un fléchage sur les activités. Ils sont cependant conscients « du caractère particulier des activités sur l’îlot Ste Marthe Jean Moinon », l’artisanat…
o S’ensuivent plusieurs interventions d’habitants sur cette thématique des commerces et le manque de certains commerces: « il manque un boulanger », autre demande : « il manque une papeterie ». Toujours des interventions des habitants sur les manques.
o Un focus est fait enfin sur la Rôtisserie : « un cas emblématique du quartier » selon Paul Simondon. « On a demandé à la SIEMP de leur faire une proposition, et si ça peut se réaliser, ça sera très bien pour le quartier et la Rôtisserie ».
6/ Intervention de l’EDL (Djamila Bechoua et Romain RBibo)
· Introduction sur l’EDL (Équipe de développement local, 19 passage du Buisson St Louis) et son rôle par Nicolas Beauvisage : fonctions (intervention sur des quartiers difficiles pour créer une synergie entre les différents services de Paris, impulser des nouveaux projets sur le quartier…), financement par la Ville de Paris
· Ils présentent les résultats d’une enquête réalisée auprès de 300 ménages sur la rue St Maur, Fbg du Temple, Buisson St Louis, sur 18 copropriétés variées. Un objectif était de mieux connaître les besoins des habitants, leurs conditions de logement, comment ils perçoivent leur quartier. Des questionnaires ont été passés par des étudiants formés pour cette étude. Des objectifs opérationnels existaient en parallèle: informer les habitants sur les aides existantes sur le quartier.
· Romain présente ensuite les résultats de l’étude :
o Profils : surtout des célibataires et couples sans enfants (65%), des jeunes locataires (moins de 35ans : 65%), propriétaires plus âgés (entre 45 et 60a) + des gens en statut précaire sans droit ni titre (jeunes et âgés)
o Beaucoup d’employés et ouvriers (67%) : surreprésentation des ouvriers par rapport à la moyenne parisienne. Les cadres : 27% (vs 38% à Paris), surtout du spectacle. 13% de chercheurs d’emploi. Revenus par ménage : 35% vivent avec moins de 1500e nets / mois, dont 5% avec 500e/mois (1/3 des enquêtés sans revenus, avaient des ressources uniquement liés aux aides). 35% des ménages ont des revenus supérieurs à 2300e nets. 16% plus de 3900e par mois -> Donc il note de « grands écarts de revenus sur le quartier » !!!
o Types de logements : beaucoup de T1 et T2 (parfois très grands), 1/3 vivent dans des logements de moins de 25m2. Beaucoup de sur-occupation (18% des logements). Loyer moyen : 620euros sans les charges. 23% ménages ont des taux d’effort supérieur à 60% de leurs revenus : « ce qui est considérable ! »
o Dynamique du quartier : logements précédents (Paris hors 10è : 45%, Paris 19è : 23%. Souvent étudiants, jeunes couples qui arrivent à Paris. Attirés par le prix du marché immobilier (28%), taille des logements petite (23%), le quartier, raisons professionnelles, centralité…
o Evolutions / souhaits : 30% ne veulent pas quitter le quartier, 26% souhaitent partir ailleurs (hors Belleville)… info croisées avec le moment où ils veulent partir : 50% veulent partir dans les moins de 3 ans. Confirmant ainsi le côté « étape de transition » du quartier. Ils veulent continuer à être locataire à 55%, beaucoup ne veulent pas aller dans le logement social : 9% uniquement le souhaite (pour certains, résignation, ou représentation ancienne du logement social).
o 1/3 des logements quasi insalubre ou dans des conditions énergétiques difficiles : vrais risques pour les habitants.
o La vie dans la copropriété : beaucoup de gens peu investis sur la vie de leur immeuble, car pas forcément armés sur le fonctionnement des copropriétés…Méconnaissances sur « comment on vit dans une copropriété », sur ce que sont les charges individuelles, les charges communes, exceptionnelles, du rôle du conseil syndical, du syndicat…
· Suit une conclusion de Djamila sur l’évolution du quartier : « le phénomène de gentrification est en cours, même si le quartier reste encore populaire, est encore en « politique de la ville ». Mais des disparités énormes au niveau du quartier entre les îlots. »
· Pour la suite de l’enquête : ils ont demandé à tous les habitants de faire un état des lieux de leur logement au Pacte de Paris pour faire un diagnostic de l’état de leur logement, pour d’éventuelles interventions… Ils ont inscrit comme objectif de travailler sur la méconnaissance des questions liées au logement, à l’accès au droit.
· S'ensuit un rapide rappel de la signification du terme gentrification par Nicolas Beauvisage (embourgeoisement d’un quartier).
7/ Intervention Alain Lhostis, Conseiller de Paris, en charge de la politique de la ville sur le 10ème
· Rappelle ses fonctions, son parcours, et quelques points sur la politique de la ville, notamment les quartiers dits « politique de la ville ». Sélection de certains projets (culturels, médicaux, sociaux…) en relation avec le quartier par l’Etat. Il met l’accent sur le fait que les « crédits pour soutenir ces projets sont en baisse constante ».
· Il évoque le rôle clé de l’élue communiste qui l’a précédé, Catherine Lagatu, ancienne résistante, sénatrice, qui lui a fait connaître le quartier, et le caractère insalubre de ce quartier dans les années 70. La population à l’époque très ouvrière. Les gens sont partis massivement en banlieue (« on éloignait les pauvres »). A l’époque, l’état d’esprit global était qu’il fallait éradiquer l’insalubrité (une douche et l’eau courante pour tous) et par exemple sur la Grange aux belles, ils ont fait une zone d’aménagement concerté et ont donc tout rasé. Mais rien ne se passait sur Ste Marthe. Dans les années 80, certains souhaitaient tout raser sur Ste Marthe et d’autres, dont Mr Lhostis, défendaient l’idée de conserver le quartier en faisant des OPAH.
· En rapport avec la question de la gentrification du quartier, Mr Lhostis affirme que « les actions municipales de valorisation valorisent la spéculation immobilière » (il évoque comme exemple le jardin Villemin, projet pour lequel il s’est battu, et qui a donné lieu immédiatement à des annonces du type: « nous allons construire un immeuble et vous aurez une vue imprenable sur le jardin »). « Pour les pouvoirs publics, dans les centres villes, on ne peut pas laisser la question du foncier au libre marché, nous n’arrivons pas à maîtriser ». Par rapport à la SIN, il a demandé à ce que la ville insiste pour récupérer les logements concernés. Il évoque la polémique sur l’intervention ou non des pouvoirs publics sur ce type de quartier. « Si on veut loger les gens, il n’y a pas d’autres solutions que le logement social ». Ce quartier a pu voir son caractère conservé grâce à une multitude d’initiatives. Conclut sur la nécessité de la maîtrise publique.
8/ Intervention de représentants de la Rôtisserie (Emilie et Neil)
· Ils rappellent ce qu’est la Rôtisserie, restaurant associatif, et son fonctionnement : 150 associations adhérentes qui font à manger le soir, et le midi le restaurant fait de l’insertion. L’objectif : travailler à la cohésion sociale, avec des prix très accessibles (5,50e le plat). Ils évoquent ensuite le fait que la Rôtisserie est en procédure d’expulsion depuis plusieurs années. Certaines nouvelles plus positives ces derniers temps : le commissariat indique qu’il n’y aura pas de procédure tant que le prochain jugement ne sera pas fait, et d’autre part ont déposé un dossier à la SIEMP pour être relogé dans le quartier (n’aurait pas de sens hors du quartier Ste Marthe), sont soutenus par la Mairie.
· Nicolas Beauvisage relance les intervenants sur la possibilité d’offrir un loyer à la hauteur de leurs revenus : Mr Simondon répond en rappelant la difficulté qu’ont les associations à vivre dans l’arrondissement et ailleurs, suite à la baisse de certaines subventions.
Remerciement par Nicolas Beauvisage et clôture de la plénière rapide (dépassements des délais)